Un Joker au paradis d’une autrice

Ou la petite histoire derrière la création d’un triptyque diffracté

Si le destin joue aux cartes en coulisses, que fait le Joker?
Il crée un univers qui se transforme en non pas un, mais en deux Paradis, mais en plus petit.


Genèse d’un triptyque diffracté

Été 2003
Marie Trintignant, battue sauvagement par Bertrand Cantat, se bat pour sa vie. À la radio, j’entends Demain, on sera heureux de Marc Gélinas, interprétée par sa fille Anne‑Marie Gélinas.
Le choc est immense. Les premiers mots d’un texte dramatique naissent.

2006
Je termine l’écriture de Si le destin joue aux cartes en coulisses, que fait le Joker?

Été 2006
Au camp en chansons de Petite‑Vallée, j’explore l’écriture avec Marc Chabot et Bori.
J’y crée une chanson inspirée de mon texte. Elle devient Un paradis mais en plus petit.
Sentiment étrange : pourquoi poursuivre un texte dramatique alors que je viens de tout dire en quelques lignes?

2007
Le CEAD fait la promotion de mon texte auprès des théâtres québécois.

2007‑2008
Marie‑Thérèse Fortin, directrice artistique du Théâtre d’Aujourd’hui, me contacte.
Elle aime mon écriture, mais pas le titre. Elle m’offre une résidence artistique pour travailler sur un projet de mon choix. Je choisis d’y travailler ce texte, d’entendre les voix de mes personnages.

2008‑2012
La résidence est riche. Entendre le texte soulève des questions, une envie de le retravailler.
Mais comment? Par où commencer? Les réponses tardent.

2013
Je me lance. Une nouvelle version naît. Un nouveau titre. Un paradis mais en plus petit – version théâtrale
Puis tout retourne dans mes tiroirs.
Jusqu’à ce que…

  • Le texte de la chanson entre dans mon recueil Escales et Collisions.
  • Il trouve sa place dans le volet lecture‑performance du projet.
  • Il fait aussi partie du volet balado.

Résumé du triptyque

Cette trilogie explore la trajectoire d’un couple, Richard et Marie‑Ève, liés depuis l’enfance par un amour trop grand pour eux, trop étroit aussi. À travers trois formes — un poème performatif, une pièce du quotidien et une pièce postmortem — se déploie une même histoire : celle d’un amour qui se rêve absolu, mais qui se transforme peu à peu en piège.

Enfants, ils jouent au bateau, au guerrier, à la princesse, au mariage. Déjà, les rôles se figent :
lui, protecteur et dominateur; elle, docile, peureuse, « poupée immobile » derrière un voile qu’elle ne voit pas à travers.

À l’âge adulte, ces dynamiques se rejouent : une omelette qui dérape, une nuit sous les aurores boréales, des gestes qui serrent trop fort.
L’amour devient jalousie, le romantisme devient contrôle, jusqu’à la violence sourde qui les engloutit.

Après leur mort dans l’incendie de leur maison, Richard et Marie‑Ève errent dans un road trip éternel.
Entre humour, déni et lucidité, ils revisitent leur histoire, oscillant entre ce qu’ils ont été et ce qu’ils auraient voulu être.

Ensemble, les trois œuvres forment un triptyque diffracté : trois récits d’une même tragédie intime, racontée comme la violence conjugale elle‑même se déploie — en spirale, en reprises, en variations, en échos.
Une histoire qui revient, qui insiste, qui se répète, comme ces féminicides sans fin.
On se demande s’ils cesseront enfin un jour.


Textes disponibles sur demande : info@daniellethibault.com